DEVANT UN VERRE DE GUARAPO
Cuba était une île dissolue et La Havane une Indienne arawak qui passait ses journées à baiser, nue sur les plages, caressée par les feuilles des palmiers, les cuisses largement écartées. Il suffisait de marcher dans les rues pavées de la Vieille Havane, patrimoine de l’humanité sauvé de la misère grâce à l’argent de l’Unesco, pour comprendre que les Cubains, enfants du métissage, furieux méli-mélo de races disparates, étaient aussi heureux que pauvres, et que cubain était synonyme de dénuement, mais aussi de grandeur d’âme. Le mot cu-bain lui-même sonnait comme au ralenti. Et dans cette apartheid qui durait depuis des décennies, les hommes et les femmes enfermés sur l’île étaient comme une réserve indienne soigneusement préservée de toute contamination extérieure.